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Publié par Centre Béthanie

A quoi sert un chemin spirituel ?

Le numéro 9 de la revue REFLETS présente un dossier complet sur la spiritualité.

A la question : " à quoi sert un chemin spirituel ? " répondent des hommes et femmes de foi, des personnes engagées dans des voies spirituelles, des religieux, écrivains, philosophes.

Dans l’article ci-dessous voici la réponse du Père Pascal Sauvage et de son épouse Carole.

Père Pascal, Père Alphonse, Rachel, Carole

Père Pascal, Père Alphonse, Rachel, Carole

« Béthanie » est un centre de rencontres spirituelles qui accueille sans exclusivité tous les chercheurs de Dieu. Béthanie a été fondé par Alphonse Goettmann, prêtre orthodoxe, et son épouse Rachel. Ils passent le flambeau tout en restant dans cette communauté de vie.

Situé à Gorze, en Moselle, dans le site forestier du parc de Lorraine, le Prieuré Notre-Dame et Saint-Thiébault, siège du centre, offre un lieu de calme et de ressourcement propice à la méditation, à la prière et aux rencontres.

www.centre-bethanie.org

Qu’est-ce qu’une voie ?

Les premiers chrétiens, pour désigner leur démarche, parlaient de la Voie. C’est intéressant à relever. Au premier degré, la voie c’est ce qui relie différents points dans l’espace, c’est donc un espace à parcourir pour aller vers quelque chose… un voyage, un chemin, un passage. On peut suivre simplement la voie horizontale, historique, matérialiste mais on peut aussi suivre la voie des profondeurs, la dimension verticale, celle de l’intériorité, celle de la vie spirituelle. L’homme n’est pas qu’un corps, l’homme n’est pas qu’une psyché, mais l’homme est aussi esprit. Il y a en lui une dimension qui lui permet de s’ouvrir au Vivant, au Créateur, à Dieu, c’est l’esprit. C’est ce qui donne un sens, une orientation à notre passage sur la terre qui va du point de notre conception en passant par notre naissance à celui de notre développement dans toutes nos potentialités physiques psychiques et spirituelles jusqu’à notre mort. Mais la mort ce n’est pas une chute finale et dramatique comme on a tendance à le croire spontanément, si l’on suit seulement la voie horizontale. Non ! La mort c’est notre passage à une autre dimension, c’est notre Pâque personnelle. La voie chrétienne, qui est considérée comme connue, est en fait méconnue : c’est d’abord une voie mystique, ce qui veut dire qu’elle recherche une connaissance d’elle-même pour rencontrer expérimentalement Dieu. Toute connaissance ne peut être qu’expérimentale, si elle est seulement mentale, elle reste extérieure à nous, elle est celle d’un autre…

Qu’est-ce qu’un chemin spirituel ?

Le chemin spirituel c’est la voie des profondeurs, c’est la voie de l’intériorité, c’est donc une voie de transformation, de travail sur nous-mêmes pour une maturation de tout notre être : corps-âme-esprit. On ne peut pas suivre un chemin spirituel sans y engager non seulement notre esprit, mais aussi notre âme c’est-à-dire notre psyché, et notre corps.

Le chemin spirituel c'est la voie mystique dont nous parlions qui consiste à découvrir la vérité dans la vie, par l'expérience, de façon pratique, dans une initiation quotidienne qui est le fruit d'une synergie divino-humaine : d'une part, je travaille corps-âme-esprit à cette initiation et d'autre part, je reçois gratuitement la grâce divine. Il ne se passe rien par ma seule volonté mais il ne se passe rien sans un travail acharné. Le Christ nous dit dans l'Evangile : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Je ne peux donc atteindre la connaissance de la vérité qui est la vie si je ne fais pas le chemin qu'est le Christ lui-même. On voit comment, en fait, tout est intimement lié. Différence entre religion et voie ? La religion, ça veut dire étymologiquement : relier. Toutes les religions cherchent à relier l'homme à la divinité. Et pour relier, il faut donc qu'il y ait une distance entre ce qu'il faut relier. La réalité de l'homme aujourd'hui est effectivement qu'il est coupé de sa source et qu'il la cherche généralement à l'extérieur de lui. C'est là l'histoire de toutes les religions ! Mais avec Jésus, tout change car Dieu lui-même devient homme.

En s'incarnant, Il devient intérieur à l'homme en Jésus et en envoyant Son Souffle saint le jour de la Pentecôte sur les apôtres et sur tous les hommes, personnellement, dans le sacrement de la chrismation, appelé aussi confirmation, Il devient intérieur à tous les hommes qui s'y ouvrent, qui y adhèrent comme le dit si bien André Chouraqui. Donc il n'y a plus rien à relier, puisqu'il est à l'intérieur et la venue du Christ dans l'histoire signe la mort des religions, comme aime à le souligner notre Père spirituel, le père Alphonse Goettmann. La voie, ici, est un chemin spirituel qui nous lance dans ce travail d'intériorisation pour ouvrir en nous, par l'expérimentation, la mise en pratique de la Parole de Dieu donnée dans l’Evangile et notamment cette parole : « Venez et voyez » mais aussi « Venez et demeurez en moi ». Le Christ ne dit pas : « Venez et croyez » mais « Venez et voyez ». C'est tout le travail que propose la voie hésychaste (hesychia veut dire paix, repos en Dieu, tranquillité intérieure) que nous essayons de vivre et de proposer à Béthanie.

Peut-on suivre une voie sans accompagnement ?

Seuls les inconscients s'embarquent sur la mer sans avoir été préparés, aguerris au danger, sans connaître les vents, les courants et le maniement des voiles et du gouvernail. Il en est de même sur le chemin spirituel. Il faut s'initier et être initié, être accompagné et se rappeler que nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas non plus les premiers, nous sommes une cordée, nous nous appuyons sur les quatre mille ans de la voie judéo-chrétienne, disons-nous toujours à Béthanie, depuis Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, le roi David, les prophètes et jusqu'à Jésus ; et aussi depuis les apôtres, les Pères du Désert, les Pères de l'Eglise, les grands mystiques, jusqu'à nos récents pères dans la foi, pour nous saint Silouane de l'Athos (1937), son disciple l'archimandrite Sophronie (1993) qui fut le père spirituel de notre père spirituel, mais aussi Saint Jean de Saint-Denis (1970), Graf Dürckheim qui furent des initiateurs hors pair sur le chemin.

Quels sont les degrés de l'accompagnement ?

Dans un premier temps il y a la fréquentation assidue des Ecritures Saintes, dans un second la fréquentation de leurs commentateurs les plus importants (ceux que nous appelons chez les orthodoxes les Pères) et puis il y a la lecture des Pères ascétiques, littéralement ceux qui s'exercent, qu'on appelle aussi les Pères hésychastes, qu'ils soient nommés Pères du désert ou Pères de l'Eglise. De façon très vivante, il y a l'accompagnement organique, c'est-à-dire je vis avec un plus ancien que moi, je regarde, je fais ce qu'il fait, c'est une transmission par osmose si l'on veut. Avant-dernier degré, on peut prendre conseil auprès d'un père spirituel de façon ponctuelle ; j'ai une question, un problème, je la lui soumets, sa réponse, je la considérerai comme celle de Dieu pour moi et je serai donc dans l'obéissance (qui veut dire « écouter »). Enfin, dernier degré d'accompagnement, je demande à un Ancien ou à une Ancienne, moine ou non, de me prendre comme fils spirituel et je lui obéis en toute chose, sans discuter. Je considère que c'est le Christ qui, par lui, gouverne ma vie, je lui ouvre mes pensées totalement pour qu'il les discerne et, qu'avec l'aide de Dieu, je ne sois pas le jouet de ces pensées, de ces passions qui m'oppriment mais que je m'en libère. Toutes ces étapes, tous ces degrés d'accompagnement n'ont bien sûr pas d'autres buts que de conduire l'enfant spirituel à l'écoute de son maître intérieur et à la liberté intérieure.

Place du new-âge ?

Qu'est-ce que le new-âge ? Une spiritualité sans tradition, qui fait son menu en piochant à droite et à gauche avec souvent beaucoup de très bonnes idées mais dans une certaine confusion et sans structure, sans enracinement. Prétendre se passer de l'expérience des anciens, ne pas s'appuyer sur des racines solides, c'est aller droit dans l'illusion. On a besoin d'une matrice pour naître et grandir, on a besoin de limites pour se structurer. On n'est pas libre avant d'avoir fait le chemin mais c'est le chemin qui nous rendra libre. Cela étant dit, il faut reconnaître que ce mouvement est né parce que la voie chrétienne s'était transformée en religion, fabriquant des fausses images de Dieu, du Dieu extérieur qui devient lorsqu'il est extérieur, juge, vengeur, punissant, culpabilisant. Je crois qu'il faut appliquer au new-âge ce que Jésus dit à propos de l'ivraie et du bon grain, quand les disciples voulaient arracher l'ivraie pour laisser pousser seul le bon grain. Laissez-les pousser ensemble et à la moisson on séparera le bon grain de l'ivraie, sinon on risque d'arracher le bon grain avec l'ivraie. Or, s'il y a bien des choses à redire à propos de certaines pensées et pratiques du new-âge, il y a aussi de bonnes choses dans ce mouvement ! Alors laissons-le pousser, regardons-le avec bienveillance et soyons nous-mêmes authentiques sur notre chemin et à la moisson, le Christ se chargera du tri !

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