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Publié par Centre Béthanie

 

 

 


Métropolite Kallistos WareApproches de Dieu dans la voie orthodoxe

Edition Cerf / Le sel de la terre 2004

Le métropolite Kallistos Ware introduit dans la réédition de ce livre une autobiographie spirituelle, non pas pour se mettre en scène, mais pour entamer avec le lecteur une sorte de conversation afin de l’accompagner ensuite dans la découverte de la voie orthodoxe. Une sorte d’intimité se crée aussitôt quand il raconte sa découverte de l’orthodoxie à 17 ans, en entrant dans une église russe bien sombre et délabrée du centre de Londres.

Dans l’environnement des icones, de la douce lumière des cierges devant l’iconostase et d’un chant lointain, sa première impression d’une absence, nous dit-il, avait fait place soudainement à un sentiment de présence envahissant. Je sentais que l’église, apparemment vide, était pleine d’innombrables fidèles invisibles. Intuitivement, je compris que nous, le peuple visible des fidèles, étions part d’un tout bien plus vaste ; lorsque nous prions, nous sommes pris dans une action bien plus grande que nous-mêmes, dans une célébration indivise qui englobe tout, qui unit le temps et l’éternité, les réalités d’ici-bas et les réalités d’en-haut.

Ce moment hors du temps fut pour Kallistos Ware une révélation qui le mena sur le chemin de la conversion et de l’expérience spirituelle de la voie orthodoxe. L’approfondissement de cette voie, cheminement de toute une vie, donne à ses écrits une intense densité, tout en restant d’une grande clarté pour le lecteur qu’il accompagne dans ce livre, parcours initiatique de l’orthodoxie.

Le métropolite Kallistos Ware va au-devant des critiques d’aujourd’hui qui comparent l’orthodoxie à un vieil arbre. Oublions son âge… Ne sentons-nous pas vibrer cette perpétuelle résurrection ?

Il lui importe de révéler dans cet ouvrage les sources de cette perpétuelle résurrection, enseignements fondamentaux de l’Eglise orthodoxe.  Son souci est de présenter de manière positive la foi qui le fait vivre en tant qu’orthodoxe. Elle est un mode de vie et de prière, rappelé au cours des siècles par les écrits des Pères.

C’est la raison pour laquelle le métropolite Kallistos Ware à chaque fin de chapitre présente quelques textes empruntés aux manuels de prière orthodoxe, ou à ceux des Pères dont les écrits remontent aux huit premiers siècles de l’histoire du christianisme, parfois plus récents. Le choix de ces citations aide le lecteur à approfondir les propos de l’auteur, elles sont paroles chargées de certitude, de beauté et, bien souvent, de poésie.

L’auteur propose de parcourir les différentes étapes fondamentales de la foi, chacune d’entre elles portant l’éclairage de la suivante, ouvrant ainsi la voie à l’expérience plénière de Dieu au travers de l’Eglise orthodoxe. Les chapitres s’enchaînent, menant à un Dieu qui est mystère, un Dieu qui est Trinité, un Dieu qui est créateur, un Dieu qui est homme, un Dieu qui est Esprit, un Dieu qui est prière.

Un Dieu qui est mystère : un Dieu à la fois plus lointain et plus proche que tout, appréhendé hors de nos façons de penser habituelles. Expérience individuelle d’un Dieu personnel dont la   réalité se confirme par des signes perçus dans le monde qui nous entoure, en nous-mêmes ou dans notre relation avec les autres êtres humains. La tradition orthodoxe distingue l’essence, nature intime de Dieu, et ses énergies, manifestations de sa puissance. Il est par son essence en dehors de tout mais il est en tout par sa puissance. St Athanase.

Un Dieu qui est Trinité : l’auteur précise que la Trinité de Dieu nous est donnée, révélée par l’Ecriture, dans la Tradition apostolique et par l’expérience des saints au cours des siècles. Tout ce que nous pouvons faire est de la vérifier dans notre propre vie de prière. Il nous entraine dans un parcours initiatique montrant que Dieu n’est pas Seul et Unique mais tri-unité : trois personnes égales, chacune demeurant dans les deux autres en vertu d’un éternel courant d’amour mutuel.

Il nous éclaire sur ces trois personnes d’une seule essence qui opèrent toujours ensemble en une seule volonté et une seule énergie. L’Ecriture sainte et la Liturgie nous en fournissent de nombreux exemples : création, incarnation, baptême du Christ, transfiguration du Christ, ou encore dans l’épiclèse eucharistique invocation du Saint Esprit. La Trinité est présente dans toutes les prières orthodoxes. Elle doit inspirer nos actions, appelés que nous sommes à reproduire sur terre le mystère d’amour mutuel que la Trinité vit aux cieux, et ainsi à vivre cette Trinité.

Un Dieu qui est Créateur : Kallistos Ware nous dit que la raison qui a poussé Dieu à créer le monde est son amour. Il n’a pas créé l’univers « de rien » mais de son être qui est amour afin de permettre à d’autres êtres de participer à sa vie et à son propre être. La création est entièrement l’œuvre de Dieu et à l’intérieur se trouve l’homme, corps, âme et esprit. Saint Irénée nous dit : « la gloire de Dieu est l’homme vivant ».

La position unique de l’homme dans le cosmos est indiquée avant tout par le fait qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’existence est un don gratuit de son amour et l’homme a reçu la capacité de s’en rendre compte et de pouvoir entrer en communion avec lui. Voilà pourquoi il peut offrir le monde à Dieu en signe d’action de grâce. Il a reçu le pouvoir de refaçonner et de modifier le monde, de lui donner un sens tout neuf. Le monde n’est pas un cadeau mais une tâche, un appel à coopérer avec Dieu.

Un Dieu qui est homme : le Christ est le premier homme parfait au sens de la « ressemblance » totalement réalisée. L’incarnation, alors, n’est pas seulement un antidote aux effets du péché originel, mais elle est une étape essentielle du voyage de l’homme de l’image divine à la ressemblance divine.

La vraie image en ressemblance de Dieu, c’est le Christ lui-même, voilà pourquoi, dès le premier moment de la création de l’homme à l’image de Dieu, l’Incarnation du Christ était déjà plus ou moins sous-jacente.

La véritable raison de l’Incarnation ne reposerait donc pas dans la condition pécheresse de l’homme mais dans sa nature non déchue, en tant qu’être fait à l’image divine et capable d’entrer en union avec Dieu. ; Kallistos Ware développe en précisant la double mais unique personnalité du Christ.

Par l’incarnation, le Christ partage pleinement ce que nous sommes, et par là même, il nous permet de partager ce qu’il est dans sa vie divine et dans sa gloire. Il est devenu ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’il est.

Un Dieu qui est Esprit : la nature insaisissable de l’Esprit est rendue évidente par les symboles dont se sert l’Ecriture pour évoquer l’Esprit, vent ou souffle que l’on ne peut enfermer. Il est source de vie, partout présent et remplissant tout, toujours autour de nous, toujours en nous. Il ne nous révèle pas sa propre face, mais nous montre toujours celle du Christ. Le Christ vient d’abord, puis, après son ascension aux cieux, il envoie l’Esprit à la Pentecôte. On retrouve là la figure trinitaire.

L’Esprit est toujours présent, dans l’Incarnation, dans le Baptême, dans la Transfiguration, dans la Pentecôte, dans la vie chrétienne. Kallistos Ware précise et renvoie aux écritures tout en rappelant que l’Esprit-Saint est notre Sauveur personnel, notre ami.

La relation intime avec Jésus est précisément en chacun l’œuvre de l’Esprit. Les Orthodoxes demandent souvent l’aide d’un Père spirituel, pour tracer la voie de leur pèlerinage ; ils disposent aussi des nombreux écrits à méditer, et de la fraternité spirituelle que favorise l’Eglise Orthodoxe. La prise de conscience de l’action de l’Esprit doit pénétrer dans toute notre vie intérieure et nous conforter dans nos prières.

Un Dieu qui est prière : Kallistos Ware indique que l’on a l’habitude de diviser la Voie spirituelle en trois degrés que saint Denys l’Aéropagite qualifiait de purification, illumination et union. Le premier degré est la pratique des vertus. Le second degré, la contemplation de la nature et le troisième, fin de notre voyage, la contemplation de Dieu lui-même. Le premier degré commence par le repentir et poursuit la lutte avec l’aide de Dieu pour échapper à la servitude des passions.

Au second degré, le chrétien, par la contemplation de la nature et des choses créées découvre la présence du Créateur et peut parvenir, au troisième degré, à la vision directe, le face à face avec le Créateur dans une union directe d’amour. Le chemin de la perfection est difficile et nul ne peut prétendre ici-bas avoir dépassé le premier degré. Nous pouvons concevoir la vie spirituelle comme faite de trois registres d’intensité croissante, qui dépendent les uns des autres, et co-existent.

L’auteur ouvre les voies de la vie spirituelle qui porte le chrétien au partage de la vie avec ses frères et sœurs dans la famille de l’Eglise. Cette participation passe par la vie dans les sacrements qui constituent notre vie en Christ, en même temps que par la prière intérieure à chacun. Il approfondit chacun des trois degrés pour aider au voyage dans la spiritualité de l’Eglise orthodoxe.

Le métropolite Kallistos Ware donne par ce livre les clés nécessaires pour entrer dans la tradition orthodoxe, en saisir la richesse spirituelle au cœur de l’Eglise et nous aider sur le chemin difficile et exaltant qui mène à la rencontre de Dieu.

Hélène Lenattier

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Ouvrage disponible à la librairie de Béthanie. Pour le  vérifier contact@centre-bethanie.org

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