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Publié par Centre Béthanie

Jésus se retourna et, voyant qu’ils Le suivaient, leur  dit :  « Que  cherchez-vous ? »  Ils  Lui dirent : « Rabbi », ce qui se traduit par « Maître », « où  demeures-Tu ? »  Il  leur  dit :  « Venez  et voyez. »  Ils  vinrent  donc  et  ils  virent  où  Il demeure, et ils demeurèrent chez Lui ce jour-là (Jn 1, 38-39).

Toute sa vie il L’a cherché, toute sa vie il Lui a posé cette question : « Où demeures-tu ? », et toute sa vie il a cherché à demeurer chez Lui, ce jour-là.

Dans ces deux versets d’Évangile est résumée toute la « queste », toute la vie du père Alphonse Goettmann, qui est né au ciel ce dimanche 26 janvier 2020 au petit matin, jour de la Résurrection. Il nous citait d’ailleurs souvent ce passage fondamental pour lui.

Il n’a eu qu’un seul maître : Jésus-Christ ! Mais on se rend compte, lorsque l’on regarde sa longue existence, qu’il a rencontré beaucoup d’éveilleurs à cette Présence, et que jamais il ne s’est trompé entre les éveilleurs et le seul vrai Maître, comme il aimait à dire.

Sa recherche commença très jeune. Après le séminaire et ses études de théologie, il devient prêtre dans l’Église catholique romaine, puis il continua des études de théologie, à Rome d’abord, dont un mémoire sur l’attitude fondamentale du disciple, à Paris ensuite, sur les Pères de l’Église, avec des théologiens réputés (Jean Daniélou, Urs von Balthasar…), il lut des centaines de livres, il se lança dans l’oraison à corps perdu, mais, dit-il, il ne trouva pas Celui qu’il cherchait !

Puis un jour il rencontra Karlfried Graf Dürckheim : J’étais devant une porte verrouillée. Graf Dürckheim a été la clef qui a ouvert la porte à l’expérience 1.

Il y eu manifestement un avant et un après Graf Dürckheim. Grâce à Dürckheim, ce qu’il portait en lui de désir de Dieu, de connaissance de la Bible, de la Tradition et des Pères de l’Eglise, devenait expérience !

Mon « savoir » devenait Vie, l’intelligence descendait dans le « cœur », le Verbe a pris chair en moi dans le grand mouvement vivifiant de l’Esprit, vers l’unique Source de toute Vie qu’est le Père. Voici que je découvrais expérimentalement la divine Trinité confessée mentalement depuis tant d’années 2 !

Expérience intérieure mais aussi corporelle !
Tout ce qui tient debout dans notre vie s’enracine dans l’expérience corporelle… L’unité est telle qu’il n’y a pas de modification du corps sans modification de l’âme et de l’esprit et vice versa 3…
 
Il  découvrit  une  autre  anthropologie :  corps,  âme,  esprit ;  et  c’est  ainsi  qu’il  s’enracina progressivement dans la tradition de l’Église orthodoxe tout en la pensant inatteignable parce qu’orientale, russe ou grecque. C’est grâce à son cousin, le père Jacques Goettmann, qu’il découvrit concrètement, par la liturgie, que l’orthodoxie pouvait être occidentale, et française de langue mais aussi de culture.

Rachel et moi devons la joie de notre vie à Mgr Jean Kovalevsky, le restaurateur de l’orthodoxie occidentale. Grâce à lui et à son œuvre immense, nous communions à la grande tradition de notre terroir et à la sève de l’Église primitive 4.

Cette cohérence expérimentale entre la lecture de la Bible, la Tradition des Pères, la théologie mystique et ascétique, la Divine Liturgie et la place du corps, du sentir, du travail manuel et de la vie en communauté sera désormais toute sa vie, son témoignage et son enseignement, car il fut à son tour un prodigieux éveilleur.

C’est pourquoi il fonda d’abord Béthanie, centre de rencontres spirituelles, où, avec son épouse Rachel, il transmit à travers des rencontres, des sessions, des retraites et des pélerinages, tout ce qu’il avait reçu, puis il fonda une communauté de prière et de vie pour expérimenter et témoigner que tout cela était concrètement, véritablement possible.

Éveilleur, transmetteur, il n’en restait pas moins disciple et il y attachait une grande importance. C’est ainsi qu’il eut comme père spirituel l’archimandrite Sophrony, moine athonite, fils spirituel de saint Silouane, et lui-même aujourd’hui récemment canonisé, puis à la mort de ce dernier, il eut comme père spirituel Mgr Kallistos Ware, ancien moine de Patmos, métropolite du patriarcat œcuménique.

Pourquoi a-t-il voulu jusqu’à la fin de sa vie avoir un père spirituel ? Pour continuer à recevoir la transmission vivante, bien sûr, mais aussi pour poser devant un être inspiré par l’Esprit Saint un regard clair sur sa vie. Il considérait qu’il fallait travailler avec acharnement et sans concession à l’œuvre essentielle qu’est sa propre vie, et il le faisait.

On ne saurait parler du père Alphonse sans évoquer la joie, thème récurrent de ses écrits, comme de ses homélies et de ses entretiens. Pour lui, c’était le visage de Dieu dans l’homme.

Peu de chrétiens savent que c’est là un commandement : « Que la joie qui est en moi soit aussi en vous et que votre joie soit parfaite ! » (Jn 15,11). Plus que cela, il n’y a pas de sainteté sans joie, elle est vraiment le test que nous sommes sur le Chemin 5.

Cette joie qui l’habitait intérieurement et qui se manifestait sobrement, c’était d’abord celle d’expérimenter que Dieu existe et qu’Il est « l’au-delà au fond de nous-mêmes », c’était aussi celle d’expérimenter ce visage de Dieu dans l’homme, dans tout homme bien sûr, mais il l’expérimenta particulièrement dans le visage de sa bien-aimée, son épouse Rachel.

Il fallait voir la joie de son regard quand il se posait sur elle ! Beaucoup de ceux qui ont vu ce regard, ont su que l’amour humain, en Dieu, était possible, mais exigeant !

Il n’y a qu’une manière d’aimer, c’est de mourir d’amour. Notre refus constant de mourir fait de nous des êtres sans amour et sans vie. En occultant la mort, on occulte la vie, car les deux sont un. Comme disaient les Anciens : « C’est de la mort que jaillit la vie 6. » 

Père Pascal Sauvage communauté de Béthanie pour la revue Sources


1. Karlfried Graf Dürckheim, entretiens avec Alphonse Goettmann, Dialogue sur le chemin initiatique, Albin Michel, p. 8.
2. Ibid., p. 8.
3. Jean-Pierre et Rachel Cartier, revue « Question de », Prophètes d’aujourd’hui, Albin Michel, p. 308.
4. Anne Ducrocq, Béthanie ou l’art de guérir, Presses de la Renaissance, p. 50.
5. Alphonse Goettmann, La joie, Desclée de Brouwer p. 30.
6. Alphonse Goettmann, La mystique du couple, Desclée de Brouwer, p. 30.
 

 

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Beatrice GORCZYCA 12/05/2020 08:49

Merci Père Pascal pour ce beau témoignage, je l'ai vu en te lisant. C'est magnifique. Il reste avec Rachel encré dans mon cœur. Je vous embrasse tous.