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Publié par Centre Béthanie

LA PARESSE, détail des Sept Péchés capitaux, de Jérôme Bosch

LA PARESSE, détail des Sept Péchés capitaux, de Jérôme Bosch

Article paru dans La Vie du 6 avril 2017

PASCAL SAUVAGE

est prêtre orthodoxe au centre spirituel de Béthanie, à Gorze, (Moselle), où il anime avec son épouse, Carole, des retraites et des sessions sur la prière de sus, le pardon et les passions de lâme.

 

 

Seigneur et Maître de ma vie, l’esprit de paresse, de découragement, de domination et de paroles faciles, éloigne de moi.

 

L’esprit d’intégrité, d’humilité, de patience et de charité, donne à ton serviteur. Oui, Seigneur et Roi, donne-­moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère, car tu es béni aux siècles des siècles. Amen.

 

SAINT ÉPHREM LE SYRIEN DIACRE ET THÉOLOGIEN DU IVe SIÈCLE, PÈRE DE L’EGLISE.

 

Dans l’Église orthodoxe, nous disons chaque jour pendant le carême cette prière. Elle nous aide à vivre notre démarche de conversion et de retournement vers Dieu, en ce printemps de l’âme qu’est le carême. Or cette prière commence par les mots : « Seigneur et maître de ma vie, l’esprit de paresse éloigne de moi. » La paresse est donc considérée par l’Église comme une maladie fondamentale de l’âme. Elle n’est pas un doux farniente, une oisiveté sans conséquence,

un moment de vacances, mais cette étrange apathie, cette passivité de tout notre être qui nous tire toujours plus vers le bas, vers l’immobilisme et la mort spirituelle. À tout, elle répond : « À quoi bon ? », « j’ai pas envie » ou « je suis fatigué ». Ce n’est pas un problème psychologique, mais une maladie spirituelle.

 

Cette paresse est à la racine de tout péché, car elle empoisonne l’énergie spirituelle à sa source même. Son aboutissement en est le découragement. C’est l’état d’acédie ou de dégoût, que tous les Pères du désert regardent comme un des plus grands dangers pour l’âme. Quand le Catéchisme de l’Église catholique énumère les sept péchés capitaux, il parle aussi de « paresse ou acédie ». Il la voit donc bien comme une maladie spirituelle, la passion détectée par le moine Évagre le Pontique et, après lui, par tous les Pères de l’Église.

 

Comment s’exprime concrètement dans ma vie cette paresse spirituelle ou acédie ? Paradoxalement, aujourd’hui c’est souvent par la fuite éperdue dans le travail, parfois jusqu’au burn­out ! Mais cela peut être aussi par le sommeil, par l’alcool, la télévision, ou Internet... Les formes de cette paresse spirituelle sont multiples. Ainsi des époux vont regarder vers d’autres, hommes ou femmes, ou un moine va rêver de quitter son couvent... l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! La paresse spirituelle est aussi une impossibilité de reconnaître quelque chose de bon ou de positif dans ma vie. Tout y est négatif ! Il n’y a pas de place pour l’action de grâce et un pouvoir démoniaque prend possession de moi. C’est un sommeil de l’esprit qui s’abat sur moi et alors le découragement me guette.

 

Dans cet état d’esprit je deviens égoïste et centré sur moi­même, et tous les autres sont des instruments à mon service. Dieu n’étant pas le « Seigneur et Maître de ma vie », comme dit la prière de saint Éphrem, je suis mon propre seigneur et maître, le centre de mon univers. Cela m’amène à l’indifférence, au mépris, au manque d’intérêt, de considération et de respect pour les autres comme pour moi­même. Je suis en proie à la détresse « enférique » du non­sens et de l’absurdité de la vie.

 

Quel en est le remède ? Si je suis atteint par la paresse spirituelle, l’acédie, je n’ai qu’une chose à faire, disent les Pères, c’est de vivre pleinement et consciemment ce qu’il m’est donné de vivre : le dégoût, la peur, la lassitude, l’humeur maussade, la dépression... et de traverser mon dégoût et ma peur... dans la prière et l’abandon, dans le oui aimant et la confiance en Dieu. Un des meilleurs remèdes est alors de vivre selon le dicton populaire : « À chaque jour suffit sa peine. » Ici, c’est même à chaque « minute » que suffit sa peine ! Pour y parvenir, les Anciens appellent à lire la Bible, car la parole de Dieu me fera redécouvrir que je ne suis pas seul et n’existe pas par moi­ même, mais par un Autre, qui m’a formé, façonné, m’aime et prend soin de moi.

 

La prière, en me situant dans le juste rapport à Dieu, redonnera vigueur à mon être appesanti et, avec mon désir de repentir, ma démarche de fils prodigue, elle relèvera mes énergies spirituelles. Si je persévère, elle aura alors raison du démon de la paresse et de l’acédie, car c’est l’Esprit saint qui agit en elle.’

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