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Publié par Centre Béthanie

Lettre de Béthanie n°137

Gorze, octobre 2016

Chers Amis, 

         Nous allons dans des églises ou dans des temples pour participer à la liturgie. Mais quelle doit être notre attitude pendant la liturgie ? La liturgie, et particulièrement la liturgie orthodoxe, ne s’aborde pas en tout premier lieu avec le mental, la réflexion ou la raison, mais elle sollicite l’être dans toute ses dimensions, utilisant une pédagogie tout à fait réaliste et charnelle, celle de nos cinq sens.

Les Pères ont toujours considéré nos sens comme des « fenêtres ouvertes sur l'invisible ». Ils considèrent que Dieu nous les a donnés pour Le voir, pour L'entendre, pour Le humer, pour Le toucher, pour Le goûter...  Notre Dieu est un grand amoureux et notre histoire avec Lui est nuptiale. Mais les histoires d’amour ne sont pas toujours un long fleuve tranquille et c’est le cas de la nôtre avec Dieu. Dans le livre de la Genèse où cela nous est  raconté, Adam et Eve, c’est-à-dire nous, s’exilent du Paradis, s’exilent de la Présence divine qui pourtant est au fond de nous. Cet exil est donc un exil de notre intériorité. Nos sens, faits pour nous unir à Dieu, détournés de cette intériorité où ils peuvent Le rencontrer, vont alors aller vers l’extérieur pour assouvir leur faim de Dieu. C’est là, justement, que Dieu vient nous chercher, et nous offre la divine liturgie, pour nous permettre de Le retrouver.

Pendant la liturgie, nos yeux vivent une véritable mutation du regard. En entrant dans l’église, notre vue est amenée, dans un premier temps, à une sorte d’abstinence des images de l’extérieur. Dans l’église tout semble différent, les icônes et les fresques remplissent peu à peu nos yeux, par imprégnation, de la gloire divine. Il y a une purification du regard pour que celui-ci redevienne, petit à petit, intérieur.

L'ouïe, dans le même temps, est sollicitée. Tout est chanté, même les  lectures ! Le chant liturgique a la  propriété de nous faire passer du psychique au spirituel. La respiration est alors la grande complice de ce processus. Ce souffle qui nous anime, c'est « l'haleine de vie » que Dieu nous insuffle, ainsi qu’il est dit dans le livre de la Genèse ; il n'y a donc rien de plus important que de respirer consciemment et d'une façon juste.

Le chant va alors nous détendre, nous libérer des crispations de notre ego, et permettre à l'expiration de réaliser sa formidable fonction, tant sur le plan psychosomatique que spirituel. À ce moment-là, le chant va alors saisir notre esprit et porter la Parole chantée au-delà de ses limites audibles. Le chant est ce souffle qui introduit la Parole et la porte dans notre cœur. Sa pénétration est telle qu'un jour cela chante en nous comme cela respire... sans qu’on le veuille.

    Le sens de l'odorat est sollicité par l'utilisation de l'encens et s'adresse à la mémoire olfactive. L'encens en tant que tel n'est qu'un parfum, mais béni par le célébrant, utilisé au sein de la liturgie où l'on expérimente le mystère divin, nous humons le parfum du Christ. L'odorat est l'organe du flair, il décèle les sympathies et les antipathies, il oriente les désirs. D'où l'importance tout à fait primordiale de l'encens situé au cœur d'une démarche mystique, il contribue à donner un axe à nos pulsions anarchiques et mène le désir vers la Présence.

À mesure que nous plongeons dans cette atmosphère mystérieuse de la liturgie’ commence à naître en nous le sens du goût. Il est à son sommet au moment de la communion, quand il n'y a plus rien à dire et que l'Ineffable, Dieu lui-même, nous visite, on chante alors ce psaume : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ! » Peu à peu une nouvelle manière de goûter se manifeste et s'installe, et cela se vérifie même en dehors de la liturgie. Une manière plus profonde, plus fine, que les Pères du désert désignent par cette admirable expression : « la flamme des choses ». À la liturgie, en goûtant cette petite parcelle de pain trempé dans le vin, qui est pour nous chrétien réellement le corps et le sang de Jésus, le Dieu fait homme, nous apprenons que l'infini est dans le fini des choses et que toute l'éternité est dans la seconde qui passe.

Le toucher est un sens synthétique et global. Nous touchons ou sommes touchés à travers les cinq sens. Ici c'est le corps tout entier qui est concerné. En tant que temple de l'Esprit-Saint et membre du corps du Christ, notre corps est un lieu d'initiation aux mystères de la Vie. Il est appelé à devenir transparent  à l'Être qui repose au fond de lui, pour en témoigner dans le monde. A la fin de sa mission terrestre, Jésus n'a pas dit à ses disciples : « Pensez à moi »..., mais « Touchez-moi ! ».

Dans la liturgie, le Christ mort et ressuscité, nous touche entièrement, constamment, et nous le touchons jusque dans l'intimité de notre souffle. Il respire en nous, Il est « Chair de ma chair, sang de mon sang ! » dit saint Grégoire Palamas et nous découvrons que nous sommes infiniment plus proches de Dieu par le sentir que par la pensée. Au contraire même, la moindre pensée, même sur Dieu, est un obstacle à sa rencontre, disent les Pères.

        Saint Isaac le Syrien au 6è siècle disait que « la vie immortelle consiste à tout sentir en Dieu », et déjà saint Clément d'Alexandrie au 2è siècle invitait les premières générations de chrétiens « à pressentir ce qu'est Dieu à travers toute sensation ». Du début à la fin, la liturgie exerce le corps à se laisser toucher par Dieu et à devenir physiquement conscient de sa présence. Cela se fait par le détail subtil de chacun des sens toujours stimulés et maintenus en état de vigilance ; cela se fait par la détente profonde qui est ouverture et accueil, réceptivité sensorielle ; cela se fait par la respiration chantée, et enfin par les grandes attitudes corporelles : debout, l’attitude fondamentale du chrétien, homme ressuscité ; assis, l’attitude de l’écoute ; prosterné, l’attitude de l’humilité, du retournement. 

À travers ce toucher continuel, notre corps, et à travers lui tout notre être, fait l'apprentissage d'une manière d'être là qui consiste, selon saint Paul, à être enraciné et fondé en Christ ou, selon la parole du Christ lui-même à avoir  une profondeur de terre (Mt 13).

L'homme qui a sa vie ponctuée par une liturgie régulière et qui introduit cette même vigilance dans son existence quotidienne, sait que toute action a deux aspects. D’une part elle est fonctionnelle, on fait quelque chose, et d’autre part elle est liturgique car Dieu se manifeste à travers elle. Alors des réalités aussi humaines que : marcher, s'asseoir, se tenir debout, peuvent être divines. Un être devenu liturge, n'essuie plus de la même manière sa vaisselle, ne fait plus de la même manière son jardin, ne rencontre plus de la même manière son voisin, etc, car son quotidien le plus banal devient alors secrètement rencontre avec Dieu et la liturgie se prolonge spontanément en dehors du temple. Elle n’est plus un piétinement ennuyeux d’une heure toutes les semaines mais le ressourcement d’une attitude permanente, d’une manière d’être là : elle est une rencontre avec le Bien-Aimé qui irrigue toute la vie.

 

        Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !

 

Père Pascal

 

 

Texte à méditer

 

Les chrétiens ne devraient jamais juger personne, ni une prostituée, ni les pécheurs, ni les hommes aux mœurs dissolues, mais devraient poser un regard bienveillant en toute simplicité d’âme et avec un œil pur. La pureté du cœur en réalité consiste à voir les hommes pécheurs et faibles avec compassion et grande miséricorde.

 

Saint Macaire le Grand, IVe siècle, ermite au désert de Scété

 

 

Prière

 

Je cherche mon refuge en toi, Seigneur, sauve-moi. Apprends-moi à faire ta volonté parce que tu es mon Dieu, et en toi est la source de vie. Dans ta lumière, Seigneur, nous verrons la lumière. Amen

Prière de l’encens dans le rite copte

 

 

En octobre-novembre,

vous pourrez vivre à Béthanie

             

 

  • Connaissance de soi et thérapie des maladies de l’âme

 

La sagesse des Pères du désert offre une véritable méthode diagnostique de connaissance de soi. Leur expérience millénaire a mis au point un travail de libération des passions et de ré-orientation des énergies. Les blessures qui sont les nôtres et qui nous occasionnent tant de souffrances peuvent être guéries en suivant leur thérapie, car en Dieu rien n’est définitif. Avec l’aide indispensable du Christ et notre participation plénière, nous pouvons changer notre vie.

 

Du 29 octobre (9 h) au 31octobre 2016 (17h) 

 

Session animée par père PASCAL, prêtre orthodoxe, et CAROLE, son épouse.

 

  • Rencontre avec Iégor Reznikoff :

Résonance sonore dans le corps et chant contemplatif

 

Travail sur la résonance sonore dans le corps : perception fine des vibrations, conscience sonore approfondie, écoute et émission des sons harmoniques, intonation naturelle (non tempérée). Sur cette base, on abordera deux ou trois chants du répertoire contemplatif antique ; ces chants sont aussi des prières. Ce cours donne les fondements profonds du chant sacré et liturgique mais aussi les bases de la thérapie par le son. Il est ouvert à ceux qui n’ont jamais chanté, comme aux musiciens et chanteurs professionnels.

 Du 12 novembre (9h) au 13 novembre 2016 (17h)                              

Iégor REZNIKOFF est spécialiste des fondements de l’art et de la musique sacrés, en particulier du chant chrétien antique. Professeur à l’Université de Paris, il a enseigné et enseigne encore dans plusieurs conservatoires prestigieux ainsi que dans des communautés religieuses.

 

  • La thérapie initiatique selon Graf Dürckheim

 

Ce grand maître de notre temps, qui a révélé le sens de la vie à des milliers de personnes, nous apprend que la foi est un chemin d’expérience et de transformation profonde. La découverte de notre « ombre », le quotidien comme exercice, la méditation, l’écoute de l’appel du Maître intérieur… sont quelques-unes des pratiques que nous aborderons.

 

Du 26 novembre (9h) au 27 novembre 2016 (17h)

 

Session animée par le père FRANCIS, prêtre orthodoxe, MADELEINE, son épouse, praticienne en psychosynthèse, et soeur BARBARA de la communauté de Béthanie.

 

Pour être tenu au courant de nos activités et recevoir la lettre de Béthanie gratuitement chaque mois par internet, envoyez votre e-mail à contact@centre-bethanie.org et si vous ne disposez pas d’internet nous vous enverrons la lettre par courrier mais pour ce faire, merci de nous adresser des enveloppes timbrées libellées à votre adresse.

 

BETHANIE, Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault, 57680 GORZE

 

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