Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vidéos

Publié par Centre Béthanie

La Lettre de Béthanie N°120
Gorze, février 2015

Chers Amis,

Nous voici aux portes du grand carême. Ce temps d’ascèse, c’est-à-dire d’exercices sur soi-même, sur les passions qui nous habitent, est justement un temps d’exercices pour nous en libérer, non pas seul bien sûr, mais avec la grâce de notre Seigneur Jésus Christ. Seul nous ne pouvons rien, ou si peu, mais sans l’engagement de notre liberté dans un libre effort, Dieu ne peut rien non plus pour nous. Vous le savez, il faut qu’il y ait une synergie, une volonté commune, une coïncidence entre notre décision libre et la grâce divine qui nous est aussi librement donnée par Dieu.

Pour vivre ce temps de combats avec le monde, au sens du monde de la chute, et avec nous-mêmes aussi qui sommes pleins de ce monde-là, la Tradition nous propose différentes méthodes, différents chemins. L’un d’entre eux est le jeûne.

A un premier niveau le jeûne est une privation, mais on peut aussi le qualifier à un autre niveau non plus de privation mais d’intériorisation. En Occident, pendant le carême, on jeûne notamment de l’alléluia c’est-à-dire qu’on ne le chante plus pendant quarante jours et qu’on l’intériorise.

Allelu Yah, c’est-à-dire Louez Yah, louez le tétragramme, louez le Nom imprononçable, le Nom intériorisé. Louez Dieu ! Bien sûr qu’on ne va pas tout d’un coup arrêter de louer Dieu, mais, et c’est un exercice, une pédagogie, on va cesser de le louer extérieurement pour aller plus loin, beaucoup plus loin, en le louant intérieurement.

Nous garderons l’alléluia dans notre cœur, dans notre souvenir, comme le peuple juif en exil gardait le souvenir de Sion, mais aussi comme Marie gardait tout dans son cœur. Marie est la mère de l’intériorisation. Vous avez remarqué comme elle parle peu dans l’Evangile. Elle garde tout dans son cœur, mais quand elle parle, quelle force ! C’est le « Magnificat » : « Mon âme, bénis le Seigneur ! »

Pendant quarante jours nous allons intérioriser la louange ultime, l’alléluia, afin qu’elle nous pénètre par tous les pores de notre peau et dans toutes les parties de notre corps, de notre âme, de notre esprit. Alors, elle résidera, comme un joyau sur son écrin, sur le trône de notre cœur. Alors, le soir de Pâques, après ces quarante jours d’exercice, de travail sur nous-mêmes et après aussi cette semaine sainte où nous allons suivre le Christ pas à pas dans sa passion librement consentie, après avoir vu le feu nouveau s’embrasé et l’avoir reçu, après avoir reçu l’annonce de la résurrection du Christ dans le chant de l’exultet, nous entendrons proclamer solennellement la bonne nouvelle : le retour de l’alléluia.

Une joie immense nous envahira et cela d’autant plus que nous l’aurons intériorisé pendant quarante jours. Joie qui s’allumera comme un feu de bengale et rayonnera tout autour de nous et en nous. A ce moment, il n’y aura plus d’intérieur et d’extérieur, nous vivrons cette expérience fantastique de ne plus chanter : alléluia mais d’être : alléluia, d’être : louange pour Yah, louange pour Dieu, flamme pour notre Dieu. Je vous souhaite une belle intériorisation et un bon carême !


Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
 
Père Pascal
 

 

 

Prière

Il m'a aimé jusqu'à l'extrême,
l'extrême de moi,
l'extrême de Lui.
Il m'a aimé à sa façon,
gracieusement, gratuitement...
comme je ne sais pas aimer :
cette simplicité,
cet oubli de soi,
ce service humble
et non gratifiant.
Il a aimé les siens jusqu'à l'extrême,
ils sont tous à Lui,
chacun comme unique,
une multitude d'uniques.
Il a tant aimé les hommes
qu'Il leur a donné son Unique :
et le Verbe s'est fait Frère.

Frère Christian de Chergé, moine trappiste, martyr.
 

 

 
Texte à méditer
 
Quand on jeûne, c'est toujours l'abstinence de méchanceté qui est la meilleure. Elle est meilleure que l'abstinence de pain et d'eau, meilleure que...« courber le cou comme un crochet et se couvrir de sacs et de cendres » comme le dit Isaïe (58,5).
 
En effet, quand l'homme s'abstient de pain, d'eau ou de quelque nourriture que ce soit, qu'il se couvre d'un sac et de cendres et qu'il s'afflige, il est aimé, beau et agréé. Mais ce qui agrée le plus c'est qu'il s'humilie lui-même, qu'il « délie les chaînes » de l'impiété et qu'il « coupe les liens » de la tromperie.
 
Alors « sa lumière brille comme le soleil et sa justice marche devant lui. Il est comme un verger surabondant, comme une source dont l'eau ne cesse pas » (Is 58,6s).

 

Aphraate (?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul

 

 

 

 

Télécharger la Lettre en format PDF Cliquer ICI

Commenter cet article